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Ananas et bananes : l’exotisme à vos risques et périls

Lors de la 5ème rencontre sur le thème de la malbouffe, une table ronde était consacrée à l’ananas et à la banane, des fruits exotiques très consommés en France. Thomas Bravo-Maza, journaliste, et André Cicocella, président de Réseau Environnement Santé, ont abordé les problèmes de santé et d’environnement liés à la production de ces fruits.

Champs d'ananas

Champs d’ananas

Ananas parfumé à l’éthéphon : sans façon !

L’ananas est un fruit parfumé, nutritif et apprécié en gastronomie. Mais ses conditions de production sont dramatiques. Thomas Bravo-Maza, journaliste et auteur d’articles d’investigation sur l’ananas, a levé le voile sur l’utilisation des pesticides au Costa-Rica, un pays producteur qui couvre 65 % des exportations mondiales d’ananas. Mais derrière l’image d’un territoire très nature, le Costa-Rica est en fait le plus gros consommateur de pesticides au monde. Face à ce constat, le journaliste a voulu dresser un diagnostic et offrir des solutions pour consommer autrement.

Les ananas sweet sont cueillis avant maturité pour garantir une conservation plus longue. Pour être présentés bien mûrs aux consommateurs sur les étals des supermarchés, ils reçoivent quelques jours avant la cueillette des pulvérisations d’éthéphon, un produit chimique qui s’infiltre dans les chairs du fruit.

Pour éviter d’ingurgiter des pesticides, les recommandations sont assez simples. Il est conseillé de choisir des ananas bio, pour lesquels l’emploi de mûrisseurs artificiels est interdit. Ou bien des ananas arrivés par avion, car ils sont cueillis à maturité. Dans tous les cas, il ne faudra pas hésiter à payer un peu plus cher.

Chlordécone : la santé environnementale n’a pas la banane

André Cicollela, chimiste, toxicologue, président du Réseau Environnement Santé (RES) et lanceur d’alerte, élargit le débat. Pour lui, l’alimentation n’est pas qu’un enjeu nutritionnel, c’est un vecteur de contamination des producteurs et des consommateurs. 80% des perturbateurs endocriniens viennent de l’alimentation.

L’utilisation massive du chlordécone dans les bananeraies est emblématique de cette problématique. Aux Antilles, la situation est alarmante. Les pesticides de synthèse présents dans l’eau, les sols et l’alimentation, sont responsables des cancers. La Martinique et la Guadeloupe détiennent le triste record du nombre de cancers de la prostate.

Dans son livre “En finir avec les épidémies de cancers”, André Cicollela indique que le cancer du sein touche les femmes de plus en plus jeunes. Selon lui, l’explication vient en grande partie de cette génération née dans les années 70-80. L’enjeu est donc d’éliminer la source. Mais au jour d’aujourd’hui, il n’y a pas de politique cohérente de santé environnementale. Il faudrait d’abord changer notre façon de penser sur l’analyse de la santé. Il serait nécessaire de compléter notre dispositif de sécurité sanitaire pour comprendre les problèmes qui surgissent, tels que les affaires des enfants sans bras. Car les progressions des maladies évoluent différemment selon les périodes et les régions. Une  analyse plus fine des données permettrait de comprendre les causes environnementales.

André Cicollela

Arnaud Gonzague (journaliste de l’OBS) et André Cicollela
Crédit photo : Sébastien Brillais

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