agriculture, glyphosate

Le glyphosate : mythe ou vrai problème ?

800 études ont démontré l’innocuité du glyphosate. Monsanto affirme qu’il est moins toxique que le sel de table et la caféine. Pourtant, plus de 8000 plaintes ont été déposées aux Etats-Unis auprès de la justice, pour des cas de cancers hodgkiniens et de malformations congénitales liés à la manipulation de l’herbicide.

Le glyphosate est-il un produit dangereux pour la santé ? Comment peut-on attaquer le glyphosate si les études scientifiques réfutent sa réelle dangerosité ? Existe-t-il des solutions alternatives ?

Au cours de la table ronde modérée par Arnaud Gonzague, journaliste “Environnement” à l’OBS, le débat a opposé Marie-Monique Robin, journaliste d’investigation et auteur de l’ouvrage “Le Roundup face à ses juges”, à Eugénia Pommaret, ingénieure agronome et directrice générale de l’Union pour la Protection des Plantes (UPP).

Le glyphosate est-il dangereux pour la santé ?

Le glyphosate est un herbicide qui tue les mauvaises herbes. Commercialisé depuis 1974 par Monsanto (racheté par Bayer en 2017), il est surtout vendu sous la forme du Roundup. Il devrait être interdit d’ici 2021 en France, et 2022 en Allemagne.

Eugénia Pommaret et Marie-Monique Robin
Crédit photo : Sébastien Brillais

Fille d’un agriculteur qui s’est lancé dans les années 1960, Marie-Monique Robin témoigne : “Sur les 5 associés qui travaillaient sur l’exploitation agricole, 2 sont morts prématurément et 2 ont eu un cancer.”

Le glyphosate serait inoffensif pour la santé ? Où sont les preuves ?

Les études scientifiques sur lesquelles s’appuient Monsanto ne sont pas publiées, et certaines de celles qui sont consultables, révèlent des développements de cancers sur les rats. (MMR)

Marie-Monique Robin n’est pas à bout d’arguments. Elle rapporte que Monsanto a mené une étude de toxicologie pour définir la dose journalière acceptable, c’est-à-dire la dose de poison acceptable pour ne pas être malade. Or, cette même étude a été refaite par un scientifique indépendant, qui a trouvé une toxicité 900 fois supérieure à celle de Monsanto ! « Les experts ont tous des conflits d’intérêt », déclare-t-elle.

De son point de vue, Eugénia Pommaret, affirme que tous les produits autorisés en agriculture sont évalués par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et mis sur le marché, avec des critères stricts en Europe. L’encadrement communautaire prévoit des études par des corps experts. Le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) se prononce sur la dangerosité des produits.

Le glyphosate est utilisé en France depuis 40 ans, et le sera encore pour 5 ans, selon la décision européenne.(EP)

La directrice de l’UPP explique que les produits sont revus à échelle de 10 ans et le glyphosate a déjà passé 4 phases d’évaluation. Les produits à base de glyphosate sont en cours d’évaluation en vue de leur homologation ou non.

Eugenia Pommaret, glyphosate

Eugénia Pommaret et Marie-Monique Robin
Crédit photo : Sébastien Brillais

Existe-t-il des solutions alternatives ?

Voir la totalité du débat en vidéo.

L’autre option, c’est l’agroécologie et les circuits courts, propose Marie-Monique Robin. La journaliste d’investigation rapporte qu’un chercheur de l’INRA, Christian Duprat, a développé un système d’agro-foresterie dans l’Hérault. Il a montré qu’avec une plantation de 100 noyers et du blé qui pousse sous ces noyers, on n’a plus besoin d’aucun produit phytosanitaire.

Avec 1 hectare en agro-foresterie, on obtient autant de calories qu’avec 1,7 hectares d’agriculture conventionnelle.

Il faut associer les cultures et les animaux, et réintroduire la biodiversité en jouant sur la complémentarité des cultures (MMR)

D’après Marie-Monique Robin, on pourrait ainsi nourrir le monde sans utiliser de pesticides et sans dérégler le climat, car 50 % des gaz à effet de serre sont dus au modèle agricole actuel. “Ce sont les monocultures qui posent problème ! Il faut sortir de l’obsession de rendement. Les pesticides, c’est un business. On doit soigner les agriculteurs et les consommateurs malades ! »

Pour Eugénia Pommaret, il n’y a pas d’agriculture sans produits phytosanitaires. Les entreprises de l’UPP, dont elle est la directrice, fournissent l’agriculture biologique.

Faire croire qu’il n’y a pas de pesticides dans l’agriculture bio est faux. (EP)

Il n’est pas possible de mener une production agricole sans protection sur les plantes qui agissent sur les processus biologiques, explique Eugénia Pommaret. Les principaux pesticides, ce sont les plantes qui les synthétisent.”

En outre, l’ingénieure agronome n’oppose pas l’agriculture conventionnelle à l’agriculture biologique : “On a besoin de maintenir tous les modèles agricoles. L’agriculture biologique a une avance sur le modèle traditionnel, mais produit de 20 à 30 % en moins. »

Mais comment optimiser l’agriculture ? Eugénia Pommaret avance une réponse : « On va faire appel à des processus biologiques, mais il faut 10 ans pour sortir un nouveau produit.”

Table ronde, glyphosate

Eugénia Pommaret, Marie-Monique Robin et Arnaud Gonzague
Crédit photo : Sébastien Brillais

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