Orang-Outan, déforestation, huile de palme

L’huile de palme ne remporte pas la palme

L’huile de palme tant décriée en France, était au coeur des débats du 5ème Forum de l’Ethique Alimentaire sur la Malbouffe. Laure Grégoire, porte-parole de l’Alliance pour la Préservation des Forêts, et Emmanuelle Grundmann, primatologue et auteure, ont apporté leur éclairage sur le désastre écologique engendré par la production de l’huile de palme et sur les alternatives possibles pour y remédier.

Emmanuelle grundmann

Laure Grégoire, Emmanuelle Grundmann et Michel Hasselmann.
Crédit photo : Sébastien Brillais

Aujourd’hui, seule l’Europe se soucie des problèmes écologiques
engendrés par cette culture dévastatrice.

La consommation d’huile de palme est importante dans le monde et augmente significativement depuis 2000. Les plus gros acheteurs d’huile de palme sont la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Europe. La France reste un petit consommateur (2,8 g par jour et par personne), car l’huile de palme ne s’y trouve que dans les produits transformés. Emmanuelle Grundmann, primatologue et auteure, déclare :

Si on ne consommait plus de produits transformés,
l’huile de palme chuterait de 80 % en France.

Le projet d’amendement sur la taxe Nutella proposé par le sénateur Daudigny, même s’il n’a pas abouti, a eu le mérite d’attirer l’attention des consommateurs autant que des industriels, sur le problème de l’huile de palme.

L’huile de palme est-elle mauvaise pour la santé ?

L’huile de palme, riche en vitamines E et A, est une huile non hydrogénée très utilisée comme huile traditionnelle en Asie et en Amérique latine. Elle est intéressante car c’est un acide gras saturé, qui ne rancit pas. Les industriels l’utilisent pour sa consistance semi-solide et son moindre coût.

Michel Hasselmann, directeur de l’Espace Réflexion Ethique Grand-Est, et animateur de la table ronde, explique que l’huile de palme n’est pas néfaste en soi pour la santé (aucune corrélation avec le cancer n’a été faite à ce jour). Si elle est souvent mise en cause dans les cas d’obésité par les professionnels de santé, c’est parce que c’est une matière grasse qui est consommée en beaucoup trop grande quantité. Alors où est le problème ?

Orang Outan

L’huile de palme, un problème d’écologie et de biodiversité

Les palmiers qui permettent de produire l’huile de palme, sont plantés dans les zones tropicales et inter-tropicales, au prix d’une déforestation massive.
Emmanuelle Grundmann en fait l’amer constat depuis 20 ans déjà : “En Indonésie, en particulier au sud de Bornéo, d’immenses monocultures de palmiers à huile s’étendent sur des milliers d’hectares […]. La plupart des espèces animales disparaissent. On parle des orangs-outans, mais cela touche aussi de nombreuses autres espèces […].” Des populations, qui vivent directement de la forêt, sont également touchées […].“En Malaisie et en Indonésie, plus de 60 % des forêts ont été détruites, rasées et brûlées pendant des mois, ce qui rejette beaucoup de CO2 dans l’atmosphère. La forêt ne peut plus jouer son rôle de tampon climatique.”

Quelles solutions alternatives ?

Changer d’huile ?

L’huile de palme est déjà remplacée par le beurre qui a la même consistance, mais qui est plus cher, ou par l’huile de coco, mais celle-ci est plus grasse.
Quant aux autres huiles, elles doivent être hydrogénées pour obtenir la texture voulue. Elles deviennent alors moins bonnes pour la santé.

Huile de palme

Garantir une culture durable de l’huile de palme

Laure Grégoire, porte-parole de l’Alliance pour la Préservation des Forêts, un organisme qui fédère les acheteurs d’huile de palme dans le but d’obtenir des garanties sur le produit (biodiversité, exploitation…) explique : “L’indonésie et la Malaisie produisent 85% de l’huile de palme au monde. Ces pays se sont beaucoup développés grâce à cette culture…. ce qui fait rêver bien d’autres pays !” L’engagement de l’Alliance est d’arriver à zéro déforestation en 2020. Pour faire face à la demande importante d’huile de palme, “Il faut arriver à garantir une production respectueuse de l’environnement et de la planète”, ajoute-t-elle.

Les alternatives écologiques existent. La Colombie produit de l’huile de palme bio. “Ces plantations sont rentables pendant plus de 40 ans, contrairement aux plantations sur des zones déforestées qui ont une durée de vie de 20 ans seulement”, déclare Emmanuelle Grundmann.

La production d’huile de palme durable sans déforestation est possible,
mais ce n’est pas le chemin choisi.

Emmanuelle Grundmann explique : “Les producteurs pourraient utiliser des terres dégradées ou abandonnées, qui se trouvent partout et ne nécessitent pas beaucoup d’eau. Malheureusement, la déforestation est privilégiée car elle rapporte beaucoup de bois”. D’autre part, il est aisé de déplacer les populations qui disposent de peu de moyens pour se défendre sur le plan juridique.

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